Cérémonie

Projet pour le diplôme national d’art (DNA), mention design, option objet & espace, ÉSAD Orléans, 2019.

À partir de la notion de l’intime, je souhaite développer une gamme d’objets en céramique accompagnant le rituel quotidien de la toilette.

Porcelaine et bois de noyer.

Du latin intimus (superlatif de intus « dedans »), l’intime est dans son sens
littéraire ce qui est contenu au plus profond d’un être, ce qui est secret, invisible
et impénétrable.

Sur ce sujet : essai Une chambre à soi, de Virginia Woolf (1929).

Mon projet a pour objectif d’accompagner un rituel intime quotidien. Dans nos maisons modernes, la salle de bain occupe une place de plus en plus importante. Lieu de détente après une journée de travail, cet espace clos est dédié au soin de soi. L’histoire des rituels d’hygiène ont évolué de pair avec notre rapport au corps. S’apprêter dans sa salle de bain est un geste banal souvent associé à la superficialité, pourtant c’est la rare forme d’entretien entre soi et soi.

L’hygiène en Égypte antique

Des croyances font liens entre le bien-être du corps et celui de l’esprit. Les archéologues découvrent que cette civilisation consacrait une place importante à la toilette, autant les hommes que les femmes. Ils possédaient des contenants en terre cuite (variété de formes et de décors) permettant de conserver les huiles parfumées. Les rituels de beauté avaient alors un but esthétique mais également magique. Il fallait entretenir, conserver et soigner son corps pour rejoindre la maison de l’éternité. Mon projet s’inspire de cette pensée selon laquelle les soins du corps peuvent avoir un sens spirituel et sacré.

 

Alabastre corinthien à figures noires, VIème siècle avant notre ère. Récipient pour conserver et appliquer des huiles destinées aux soins du corps.

Je sens, donc je suis

Directement lié à nos états d’âme, le bien-être du corps n’est pas négligeable. Yoga, méditation et autres techniques de bien-être : l’idée est aujourd’hui largement répandue que nous pouvons agir sur notre humeur et nos états d’âme par un travail sur le corps. L’historien Georges Vigarello révèle dans Le sentiment de soi l’évolution des représentations du corps. Le corps était représenté comme une simple enveloppe de l’âme. A partir du siècle des Lumières, on passe de l’être pensé « je pense donc je suis », à l’être de sensation « je sens donc je suis ». Aujourd’hui, l’approche corporelle est basée sur l’écoute et le ressenti, le corps est devenu le fondement premier de l’existence. Les sensations physiques sont liées à l’identité, comme une fusion entre le corps et l’esprit.

Notre corps exprime nos sentiments, un dehors qui manifeste le dedans. Le romancier Daniel Pennac écrit Journal d’un corps, texte touchant où il dessine la vie entière d’un homme par le biais du corps. Au fil des pages, nous comprenons la cohésion entre la transformation du corps et le sentiment d’identité du narrateur. Un corps qui passe par tous les états, de la souffrance à la jouissance dans cette dialectique du contenant-contenu. « Je veux écrire le journal de mon corps parce que tout le monde parle d’autre chose » : Daniel Pennac nous invite à mieux considérer notre corps et d’en prendre soin.

Rituel quotidien

Le rituel de la toilette, naissance de l’intime est un instant de bien-être. Mon projet développe une gamme d’objets qui souligne l’importance des soins du corps ; telle une cérémonie où chaque objet accompagne avec douceur un geste.
Cette collection comprend des petits objets en céramique. Ils permettent d’appliquer savon, crème et huile sur le corps. A chacun sa texture et son utilisation, tandis que les reliefs d’une céramique permettront d’exfolier délicatement la peau avec du savon, la douceur d’une autre permettra d’appliquer l’huile en massant l’objet contre sa peau. Unisexes, ces petits objets invitent à donner du temps aux soins corporels.

Mon projet est une recherche autour du dictionnaire sensoriel. Ces objets en céramique offrent différentes textures pour apporter du bien-être. Masser la peau ou l’exfolier, émailler la céramique ou laisser le grès brut, nous pouvons faire le lien entre sensations et effets de matières. Créer des reliefs ou une surface lisse, la céramique offre tant de possibilités de couleurs et de textures. Durable et naturelle, la délicatesse de cette terre cuite accompagnera notre cérémonie quotidienne.